C’est pas pour ergoter sur les termes, mais un peu quand même. Celui qui ne croît pas en l’existence d’un dieu, d’un grand architecte ou d’un grand spaghetti volant est un athée. Un laïc, en revanche, est déiste ou athée ET n’est lié à aucune organisation religieuse. Par exemple, le paysan chrétien du Moyen-Âge qui va à la messe est un laïc. Le laïc s’oppose au clerc, alors que l’athée s’oppose au déiste, en quelque sorte.
Concernant Dieudonné, maintenant, c’est effectivement un très bon comique et un bon acteur. Mais il me semble qu’il a des envies de grandeur doublées d’un caractère influençable. Il l’a montré en 1997. Quand tous les artistes se contentent, par convention sûrement, de brocarder les discours et les élus du FN, lui, s’est présenté aux législatives contre Stirbois à Dreux. Il hurlait avec les loups, à l’époque, en pleine frénésie anti-frontiste. Quand en 2003, il improvisait le sketch du colon israëlien, je pense qu’il était dans le même type de processus. Dans le contexte de la seconde Intifada, l’immense majorité des personnalités médiatiques et des artistes, dans des élans d’empathie et de charité, prenaient fait et cause pour les palestiniens opprimés, toussa, tout comme lui. Il s’est juste fait dépasser par son personnage, ce qui lui a valu son ticket d’entrée dans les media français et sa mise au ban de la société bien comme il faut. Je pense qu’il en a été autant surpris que le reste de la France. Nous, de la violence de son sketch, lui, de la violence de la réaction. Je pense en outre qu’il était encore loin du Front National à l’époque.
Depuis, il est sous l’influence d’Alain Soral, qui fait figure de vrai méchant dans les media depuis sa sortie sur les Juifs qui se font dérouiller tous les 50 ans, à peu près à la même époque et en présence de Dieudonné.
C’est Soral qui rapproche Dieudo du Front et je pense que c’est là que le virage s’opère.
Dieudonné a toujours ses envies de grandeur, est toujours aussi influençable, mais est rejeté par tous. Carbonisé par tous les grands media (Libération le qualifie de “fantaisiste”, par exemple), il ne reste que ce milieu anti-tout radical qu’il a su capter (à son insu?), depuis 2003. Je pense que ce virage est du à Soral.
Quand Soral s’engage en politique, en 2006, Dieudonné parle déjà, comme le FN, d’UMPS, dit représenter “la vraie gauche” quand Le Pen représente “la vraie droite”, ce qui est lui reconnaître des qualités d’adversaire, là où le reste du monde politico-médiatique se contente d’ignorer et de railler l’extrême droite française. À la même époque, il accompagne Soral et Frédéric Chatillon (ex GUD) au Liban, à la rencontre de Nasrallah. Quand Soral se rapproche du FN, Dieudonné rend visite aux BBR . QUand Soral devient conseiller technique au FN, Dieudonné s’envole au Cameroun avec Jany Le Pen.
Plus proche de Soral que du FN, Dieudonné, tout athée qu’il se revendique être, donne aujourd’hui la parole, dans son théâtre de la Main d’Or aux copains français du Hezbollah et à Kemi Seba, converti à l’Islam puis à un maelstrom afrocentriste puis à nouveau à l’Islam.
L’an passé, il a fait baptiser son fils.
Dieudonné se dit athée et considère les religions comme une arnaque. Il multiplie pourtant les accointances avec les chefs de file religieux, cathos, musulmans et même juifs (il me semble qu’il a rencontré les Neturei Karta ou en a fait la promo dans ses pestacles (à vérifier)). Son discours politique oscille entre extrême droite, communautarisme, bien qu’il s’en défende et gauchisme, suivant les époques et à l’image de ses fréquentations.
Pour ainsi dire, je pense qu’il s’agit d’un personnage sans réelle vision politique et qu’il serait vain de chercher une cohérence politique chez lui. Dieudonné est, de mon point de vue, non pas un OVNI politique, mais un artiste naïf qui a du mal à s’entourer.